Déclic - 5 : Décembre 2017

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2017-11-09--Jardins-Duruy--04-copie.jpg Caroline Bernard
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Rencontre

Caroline Bernard, mon métier, ma passion

La rédaction de Déclic a rencontré Caroline Bernard, agent d'entretien des espaces verts au lycée Victor Duruy (Paris 7e).

Quel est votre parcours professionnel ?

C'est un parcours en trois étapes. Un premier emploi entre 16 et 18 ans dans l'artisanat puis dans différents secteurs pour acquérir une autonomie financière, avec une reprise d'études qui a abouti à une maîtrise de russe aux Langues'O (Institut National des Langues et Civilisations Orientales) et à un DESS dans l'Action humanitaire. J'ai ensuite travaillé 10 ans auprès de personnes en situation de grande précarité, tels que les réfugiés. Le troisième volet a démarré en 2014 avec une formation à l'école du Breuil pour devenir jardinière professionnelle. En 2015, cela m’a permis d'être contactée par le lycée Victor Duruy, puis reçue par Isabelle Ghayate (responsable Antenne RH) à la Région pour un second entretien de recrutement, en vue de prendre soin du jardin de Duruy à Paris. Un privilège exceptionnel pour une reconversion professionnelle !


Quelle est votre fonction aujourd'hui ?

Je suis responsable du jardin qui couvre une superficie de 6 500 m2 (10 800 m2 avec les circulations). Mon rôle est de préserver et d'entretenir cet espace partagé, ouvert aux 1 600 élèves. J'essaie aussi de contribuer à faire connaître et aimer ce jardin, dans le prolongement de mes prédécesseurs, Félicien Mona, Hélène Demarre ou Serge Le Ray a qui l'on doit les 150 rosiers et de nombreux autres arbustes d’ornement. Je suis intégrée à l'équipe de maintenance du lycée et suis aidée ponctuellement par mes collègues de l'équipe entretien. Nous sommes tous rattachés à la Région et à l'intendance. Je peux aussi être amenée à intervenir occasionnellement sur des projets avec des professeurs. Il y a aussi les commandes de fleurs, les propositions d'aménagement et les relations avec les arboristes et les élagueurs qui assurent le suivi des grands arbres.


Quelles tâches réalisez-vous quotidiennement dans le cadre de vos fonctions ?

Le jardin est géré en zéro phyto intégral, c’est‑à‑dire sans pesticide ni herbicide. Il y a donc en permanence du désherbage manuel à faire ! Deux professeurs viennent régulièrement en renfort. Les tâches varient en fonction des saisons (tailler, tondre, semer, amender, nettoyer). En novembre, il y a beaucoup de plantations. À l’initiative de la direction du lycée, un érable du Japon a ainsi été planté en hommage à Virginie Quintallet, principale du collège, décédée tragiquement le 30 septembre dernier après un combat acharné contre le cancer. Elle aimait beaucoup ce jardin et, notamment, le sublime cerisier du Japon qui fleurit au printemps de manière spectaculaire. Des rosiers seront aussi plantés en souvenir de Serge Le Ray qui aura travaillé de très nombreuses années à la Région.


Pouvez-vous nous présenter le jardin et les espaces verts dont vous avez la charge ?

Il y a des pelouses, des massifs, une rocaille à restaurer et 160 arbres. Deux d'entre eux ont reçu le label « Arbre remarquable de France » en mai 2017. Il s'agit du grand arbre de Judée et du vieux catalpa couché. Ils sont âgés de près de 200 ans. Un promeneur attentif peut aussi découvrir des cerisiers, un abricotier, un poirier et des pommiers à fleurs, un néflier, des cognassiers, un olivier, un arbousier, un grenadier, des pins, un cèdre, des magnolias, une glycine centenaire, des kakis et beaucoup d'autres trésors ! Tous les végétaux sont liés à l’histoire du lieu depuis de nombreuses générations. Il y a aussi un jardin dans le patio des sciences qui est suivi par les élèves et leurs professeurs de biologie, de physique et de chimie. Le lycée est éco‑responsable depuis plusieurs années, grâce à Maryline Dornat et ses confrères enseignants.


Quelle est l'histoire de ce jardin ?

Il formait un même ensemble avec le jardin de l'actuel musée Rodin. Il a été, tout ou partie, successivement depuis trois siècles : une zone de remblais pour le chantier des Invalides, des pâturages, un verger, un potager, un jardin à l'anglaise, un parc d'attraction, un jardin d'ornement et une cour de récré ! Rodin, Rilke, Cocteau, de nombreux artistes, mais aussi des anonymes, l'ont côtoyé, aimé et protégé. En creusant la fosse de plantation pour l'érable nous avons trouvé, avec un professeur d'Histoire qui m'aidait, un éclat de flacon en porcelaine Guerlain d'huile philocome (pour les cheveux). On peut imaginer toutes sortes d'histoires... Au 19e siècle, ce flacon coûteux aurait pu appartenir à une pensionnaire des sœurs du Sacré cœur. Elles dirigeaient alors l'établissement d'enseignement qui est devenu le lycée public et laïc que nous connaissons aujourd'hui.


Une exposition est en cours sur les murs du lycée, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

L'objectif de l'exposition est avant tout de sensibiliser les élèves à la gestion écologique du parc. Elle a aussi pour ambition de faire connaître le jardin à l'extérieur, et notamment ses arbres irremplaçables. C'est l'Agence de l'eau Seine Normandie qui nous a apporté un soutien financier pour cette action.


Un dernier mot ?

À la sortie de ma formation, je rêvais d’avoir en charge un jardin avec une dimension historique et botanique, et qui soit aussi public. C’est chose faite aujourd’hui et j’en suis très heureuse. Je suis attachée à ce jardin, à ce lieu. Quand il faut parfois travailler au bureau et non dehors, je me sens coupable de « délaisser » le jardin.


Les espaces verts du lycée Victor Duruy en images

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